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Jacques Dufilho

 
Jacques Dufilho. Source: Wikipedia

Jacques Dufilho est un comédien français, né le à Bègles (Gironde) et mort le à Ponsampère (Gers).

Issu d'une famille aisée de pharmaciens, originaires du Sud-Ouest de la France, Jacques Dufilho songea d'abord à devenir agriculteur. Sa passion pour le théâtre le rattrapa à la fin des années 1930 où, élève de Charles Dullin à Paris, il débuta sur les planches et dans les cabarets, imposant progressivement ses textes décalés et des personnages comiques, dont le plus célèbre reste Victorine, la domestique qui fait la Visite du château. Repéré par les metteurs en scène André Barsacq et Georges Vitaly, Dufilho enchaîna presque sans discontinuer des pièces du répertoire ou des créations contemporaines pendant six décennies, d'abord comme figurant puis comme tête d'affiche. Son travail sur scène fut récompensé par deux fois, notamment par un Molière du comédien en 1988 pour son rôle dans Je ne suis pas Rappaport, mise en scène par son ami Georges Wilson.

Au cinéma, il incarna d'abord des personnages comiques de second plan, alternant films alimentaires oubliés ou productions plus ambitieuses où ses rôles marquèrent le public, notamment dans La Guerre des boutons d'Yves Robert ou Zazie dans le métro de Louis Malle. Familier de l'univers de Jean-Pierre Mocky, pour lequel il a joué plusieurs fois, la carrière de Jacques Dufilho évolua dans les années 1970 à la faveur d'un premier rôle dans Une journée bien remplie de Jean-Louis Trintignant, où il incarnait un boulanger assassin dans un rôle presque muet, et d'un emploi de chef-mécanicien récompensé par un César du meilleur acteur dans un second rôle dans Le Crabe-tambour. Épicier patriote dans La Victoire en chantant de Jean-Jacques Annaud la même année 1976, film récompensé par un Oscar du meilleur film en langue étrangère, puis paysan bigouden dans l'adaptation par Claude Chabrol du Cheval d'orgueil, il fut à nouveau césarisé pour son rôle de vieil homosexuel dans Un mauvais fils de Claude Sautet en 1980. L'une de ses dernières compositions au cinéma, la figure controversée du maréchal Pétain dans le film éponyme de Jean Marbœuf, lui attira l'inimitié d'une partie de la presse qui voyait dans son interprétation une défense assumée du Chef de l'État français pendant l'Occupation.

Discret sur sa vie privée, préférant dès que c'était possible le calme et la simplicité de ses terres gasconnes à l'agitation parisienne, Jacques Dufilho nourrissait pourtant une passion pour les automobiles Bugatti, qu'il reconstruira et collectionnera une partie de sa vie. En outre, il assumait volontiers être en décalage avec son époque quand il s'affirmait catholique traditionaliste, adepte de la messe en latin, et monarchiste.

Biographie

Famille et premières années

Les ancêtres de Jacques Dufilho étaient originaires de Gascogne, dans le Sud-Ouest de la France et plusieurs d'entre eux s'engagèrent dans le domaine pharmaceutique. Le plus célèbre, Louis Joseph Dufilho (1788-1824) quitta son Mirande natal au début du XIXe siècle pour s'établir à La Nouvelle-Orléans, aux États-Unis, y ouvrir la Pharmacie Dufilho au 514 Chartres Street et devenir le premier pharmacien diplômé d'Amérique du Nord. Son frère Alexandre s'installa également outre-atlantique pour devenir armurier, jusqu'à ce que la guerre de Sécession l'oblige à renoncer à son commerce. Le père de Jacques Dufilho (1883-1938) naquit lui aussi à Mirande mais ne tenta pas l'aventure américaine : après ses études en pharmacie, il préféra s'installer dans son village natal en 1906 puis revendre quelques années plus tard son officine pour devenir directeur d'une usine de produits chimiques et pharmaceutiques à Bègles (Gironde). Avec sa femme Joséphine, il avait déjà deux enfants, Yvonne (1909-1985), qui reprit plus tard les affaires de son père, et André (1912-2003) qui devint médecin à Mirande, puis écrivain à la fin de sa vie.

Jacques Dufilho naquit dans la maison familiale de Bègles, route de Toulouse, quelques mois avant le déclenchement de la Première Guerre mondiale pendant laquelle son père fut mobilisé comme pharmacien dans une ambulance puis à la production de gaz de combats. Son enfance, heureuse, fut marquée par l'arrivée des Américains à Bordeaux en 1917, un souvenir marquant aux yeux du petit garçon, la découverte de la nature, de la botanique et du théâtre. Lorsqu'il déménagea avec ses parents rue Brun, à Bordeaux, vers l'âge de dix ans, il assista de plus en plus souvent son père, désormais directeur d'un laboratoire d'analyses médicales, comme apprenti-laborantin. Pour autant, son tempérament sérieux et sa curiosité ne lui permirent pas d'envisager, à l'instar du reste de sa famille, de longues études ; élève médiocre, il n'obtenait de bonnes notes qu'en dessin et en français, discipline qu'il prenait plaisir à découvrir par des lectures personnelles, notamment les romans d'aventures de Jules Verne ou Alexandre Dumas. Il obtint péniblement son certificat d'études, entra au lycée Montaigne de Bordeaux et échoua à l'examen du baccalauréat. Encouragé par son père qui ne pouvait se résoudre à le laisser entrer aux Beaux-arts, il intégra une formation de prothésiste dentaire pendant une année, avant de la quitter pour s'engager dans l'armée, au 2e hussard à cheval de Tarbes, pour une période de dix-huit mois. Il en sortit brigadier.

Passionné par la nature et le monde rural depuis son enfance, sa vie rythmée par de nombreux voyages familiaux vers les villages gascons de ses ancêtres, Jacques Dufilho décida en 1936, au sortir de son service militaire, de devenir paysan. Son ambition première le poussa à emprunter de l'argent pour acquérir le château de Cornac et ses cent hectares de terrain, près du village de Ricourt, pour y cultiver la terre. S'il ne parvint pas à réunir les fonds suffisants, il fit pourtant l'acquisition d'une paire de bœufs et de deux vaches avec lesquels il débuta son apprentissage chez des propriétaires des environs. Obstiné et heureux à une tâche qui n'était pas encore celle de l'agriculture industrielle, le jeune garçon développa pour ce métier un profond attachement qui devrait le suivre tout au long de sa vie.

Débuts sur les planches et au cinéma

Les raisons qui poussèrent Jacques Dufilho à quitter son destin d'agriculteur pour devenir comédien restent incertaines mais coïncident avec la mort brutale de son père en 1938. Ainsi, il déclara dans une interview que sa première motivation, naïve, fut de faire du théâtre pour gagner de l'argent afin d'acheter la ferme qu'il n'avait pu acquérir. À d'autres reprises, il raconta une rencontre déterminante avec l'actrice Madeleine Lambert, venue dans la pharmacie de sa sœur à Barèges et qui aurait encouragé le jeune homme curieux de faire du théâtre à s'inscrire aux cours de Charles Dullin à Paris,. Jacques Dufilho reçut le consentement maternel à une installation parisienne et son aide pour trouver une petite chambre à louer, rue Taitbout dans le 9e arrondissement. Après quelques hésitations, il osa enfin demander à Charles Dullin de pouvoir intégrer son cours, au théâtre de l'Atelier. Dufilho raconta souvent son arrivée en blouson de cuir et culotte de cavalier devant le maître, épris de chevaux, qui lui conseilla de s'inscrire dans son école. Il y apprit rapidement son métier, l'improvisation, la manière de poser sa voix ou d'appréhender un personnage, aux côtés de jeunes espoirs tels que Georges Wilson, Alain Cuny, Madeleine Robinson ou Jean Marais, qui devenait déjà une vedette.

Encore élève chez Dullin, Jacques Dufilho fit ses réels débuts sur les planches en 1939 grâce à la Compagnie des Quatre Saisons, fondée quelques années plus tôt par André Barsacq, Maurice Jacquemont et Jean Dasté, qui assistèrent à l'une de ses auditions et l'engagèrent pour un petit rôle dans deux pièces de Molière, Les Fourberies de Scapin et Le Médecin volant, toutes deux jouées sous un chapiteau de cirque à l'occasion du cinquantenaire de la Tour Eiffel. La même année, il débuta dans un petit rôle au cinéma pour le film inachevé de Marc Allégret, Le Corsaire, tourné aux Studios de la Victorine à Nice et interrompu par le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale.

Jacques Dufilho est effectivement nommé au grade de maréchal des logis dans la réserve le 15 septembre 1936. Mobilisé le 1er septembre 1939 pour être affecté au dépôt de cavalerie 18, il reprend du service à la déclaration de guerre au sein du 29eGroupe de Reconnaissance de Division d'Infanterie (29eGRDI), dérivé du 2e Hussards, commandé par le chef d'escadrons de Rolland et unité de reconnaissance de la 35e Division d'Infanterie.

Il obtient son brevet de chef de peloton en décembre 1939 et participe à la campagne de 1940 au sein de l’escadron moto sous les ordres du capitaine de Lestrange. Sa conduite au feu lui vaut une citation à l’ordre du régiment le 20 juin 1940. Il est nommé au grade de maréchal des logis chef à compter du même jour. Devenu sous-officier adjoint, il fut contraint quelques semaines plus tard de se rendre devant une Wehrmacht trop puissante, encerclant son unité, et passa une vingtaine de jours dans un camp de prisonnier à Pont-Saint-Vincent, près de Nancy. Durant cette période, il fut posté trois fois quarante-cinq jours en première ligne et reçu la croix de guerre puis la légion d'honneur plusieurs années plus tard. Démobilisé en 1940, il retourna vivre un temps seul à Bordeaux puis retrouva son appartement de la rue Chappe à Paris pour continuer sa carrière de comédien. En juillet 1941, Dufilho participa à un spectacle en plein air intitulé 800 mètres, mis en scène par Jean-Louis Barrault dans le Stade Roland-Garros, au profit du Secours populaire français. Aux côtés de Jean Marais, Fernand Ledoux ou Louis Jourdan, il devait interpréter un petit rôle de coureur. Jusqu'à la fin de la guerre, parachevant sa formation et cantonné aux figurations ou modestes rôles, il fut engagé à plusieurs reprises dans des pièces mises en scène par Charles Dullin, notamment dans La Princesse des Ursins de Simone Jollivet ou Le Misanthrope et l'Auvergnat d'Eugène Labiche. Au cinéma, qui lui procurait beaucoup plus d'argent qu'au théâtre pour un travail moins important, il enchaîna quelques apparitions, dont sa toute première dans Croisières sidérales en 1941 et une interprétation plus remarquée dans Premier de cordée de Louis Daquin en 1944, film pour lequel il affronta les difficultés d'un tournage en décors naturels dans les Alpes.


L'homme de théâtre

Il fait ses débuts au cabaret-théâtre en 1951 chez Agnès Capri.

Son interprétation de L'Avare en 1962 reste un moment époustouflant de théâtre ; il joue également dans Colombe de Jean Anouilh, est l'interprète de Marcel Aymé, à chaque fois sous la direction d'André Barsacq, et dans des œuvres de Jacques Audiberti. Il obtient un vif succès dans Le Gardien d'Harold Pinter en 1969, ainsi que dans L'Escalier de Charles Dyer, mis en scène par Georges Wilson, avec lequel il montera également Les Aiguilleurs et Léopold le bien-aimé.

Grand homme de théâtre, Jacques Dufilho reçoit un Molière du meilleur acteur en 1988 pour son rôle dans Je ne suis pas Rappaport de Herb Garner.

L'acteur de cinéma

Sa carrière cinématographique, souvent dans des seconds rôles, en France et en Italie, est énorme (plus de 160 films). Il a joué dans des films parfois médiocres mais son talent fait qu'il y est, lui, toujours excellent, voire mémorable.

Dufilho est remarqué à l'écran en 1948, avec un rôle dans La Ferme des sept péchés de Jean Devaivre. Il joue en particulier dans des films de Jean Delannoy, André Hunebelle, Yves Robert, Louis Malle, Michel Audiard, Claude Chabrol, Jean Becker, Claude Sautet...

En 1978, il obtient le César du meilleur acteur dans un second rôle pour sa prestation dans Le Crabe-tambour de Pierre Schoendoerffer, récompense qui lui est à nouveau décernée 3 ans plus tard avec Un mauvais fils de Claude Sautet en 1981. En 1988, il remporte le 7 d'or du meilleur comédien dans un téléfilm, Une femme innocente (tourné en 1986).

Il publie, en 2003, une autobiographie intitulée Les Sirènes du bateau-loup (Fayard).

Dernières années et fin de vie

En mai 1991, Jacques Dufilho débuta le tournage du film Les Enfants du naufrageur sur l'île-de-Bréhat aux côtés de Brigitte Fossey et Jean Marais, qu'il avait rencontré aux cours de Charles Dullin dans sa jeunesse, sous la direction de Jérôme Foulon. Si le film ne rencontra qu'un succès d'estime auprès du public, il remporta tout de même plusieurs prix du meilleur film dans des festivals européens. Un projet plus ambitieux l'attendait ensuite : l'adaptation au cinéma des années de pouvoir du maréchal Pétain par le réalisateur Jean Marbœuf et l'historien Marc Ferro. Le producteur Jacques Kirsner insista pour que son Pétain soit porté par une composition de Dufilho, pour l'occasion affublé de lentilles bleues, le crâne en partie rasé pour se rapprocher le plus possible de la physionomie du personnage. Face à Jean Yanne en Pierre Laval, aux côtés d'une imposante distribution, le tournage du film s'étendit sur dix-huit semaines, dont plusieurs à Vichy, sur les lieux mêmes que fréquentaient pendant l'Occupation les figures représentées à l'écran. Alors que le réalisateur s'opposait au producteur pour des questions de montage, Jacques Dufilho déclara envisager le rôle de Pétain « comme un avocat défend un personnage qu'il aime bien ». À la sortie du film, une partie de la presse l'accusa de vouloir rendre sympathique le vieux maréchal et de confondre ses opinions politiques avec son interprétation. Aujourd'hui, cette idée reste régulièrement reprise lorsque le film est évoqué dans les médias. Pour autant, l'acteur a toujours nié par la suite une volonté manifeste de glorifier les années du régime de Vichy ou la figure de son chef mais affirmé avoir suivi scrupuleusement le scénario et les indications du réalisateur. Rétrospectivement, Jacques Dufilho affirma regretter d'avoir accepté ce rôle.

Au milieu des années 1990, Jacques Dufilho ralentit progressivement ses activités cinématographiques. Après l'interprétation d'une pièce de boulevard aux côtés de Danielle Darrieux au théâtre du Gymnase et diffusée à la télévision, Ne coupez pas mes arbres, l'acteur monta une dernière fois sur scène avec son ami Georges Wilson dans Show bis en 1993. La pièce racontait l'histoire de deux vieux comédiens se retrouvant pour un ultime spectacle. L'année suivante, il présida la 8e nuit des Molières et fut longuement applaudi par le public présent avant de déclarer, avec humour, qu'il n'était qu'un « vieux paysan sévère, bourru » et de raconter une anecdote d'enfance sur la manière d'ouvrir les enveloppes. Dans Quelque part dans cette vie, jouée plusieurs mois en tournée puis au Théâtre Marigny entre 1993 et 1995, il fit la connaissance de la jeune comédienne Sonia Vollereaux avec laquelle il développa une réelle complicité. Dans Le Voyage, mise en scène par Michel Fagadau, où il interprétait un ancien déporté, Jacques Dufilho prit conscience des failles de sa mémoire liées à son âge et dut même annuler une représentation, ayant oublié tout son texte. De plus en plus handicapé par ces problèmes, il décida de faire ses adieux au théâtre quelques années plus tard, en 1998, retrouvant pour Ma petite fille, mon amour deux partenaires qu'il affectionnait, Danielle Darrieux et la jeune Sonia Vollereaux.

En 1999, François Dupeyron choisit Jacques Dufilho pour interpréter un vieil agriculteur dans C'est quoi la vie ?, un drame montrant les difficultés du monde paysan français à l'orée du XXIe siècle. Sa composition lui valut la Coquille d'argent du meilleur acteur au Festival international du film de Saint-Sébastien et une seconde nomination au César du meilleur acteur dans un second rôle. La même année, il fit une courte apparition dans Les Enfants du marais de Jean Becker en interprétant le vieux, ancestral habitant du marais heureux de céder sa cabane à Jacques Gamblin à la fin de sa vie. Là-haut, un roi au-dessus des nuages, sortit en 2004, ne marque pas seulement la fin de la carrière cinématographique de Jacques Dufilho ; c'est aussi le dernier film de son réalisateur Pierre Schoendoerffer (qui avait offert à l'acteur son premier César quelques années auparavant avec Le Crabe-tambour) et des acteurs Philippe Clay et Bruno Cremer. Pour son petit rôle de recteur, Dufilho ne tourna que quelques jours mais un assistant fut obligé de lui écrire son texte sur un tableau derrière la caméra pour pallier ses trous de mémoire.

Jacques Dufilho s'est éteint à Lectoure (Gers) le dimanche 28 août 2005, à l'âge de 91 ans. La presse salua dès le lendemain matin la disparition d'un « comédien-paysan », d'un « paysan gascon » et d'une « gueule comme il n’en existe plus ». Ses obsèques furent célébrées en toute simplicité le mercredi suivant à l'église Sainte-Marie de Mirande, en présence de Claude Rich, Sonia Vollereaux et du ministre de la Culture Renaud Donnedieu de Vabres,, évoquant au nom de la République l'un « des plus grands acteurs de notre époque ». Jacques Dufilho fut ensuite inhumé dans le petit cimetière de Ponsampère, où il possédait une ferme, dans l'intimité familiale.

Vie privée

Jacques Dufilho fut très discret sur sa vie privée et ne l'évoqua presque jamais dans ses interviews. Il se maria en octobre 1947 avec Colette Colas (1920-2006) et emménagea avec elle dans le petit appartement qu'il possédait rue Chappe à Paris avant de déménager quelques années plus tard boulevard Saint-Michel,. Le couple eut une fille, Colette Dufilho-Legendre, née en 1954 et narratrice de contes pour enfants,.

Personnalité et engagements

Une passion pour l'automobile

La passion de Jacques Dufilho pour l'automobile remontait à son enfance, marquée par de longs voyages sur les routes entre Bordeaux et Mirande dans les voitures de son père. En âge de conduire, il acquit plusieurs voitures qu'il restaurait avec ses premiers salaires, dont une Peugeot Type 172 R Cabriolet. Amateur de Citroën, il posséda plusieurs 2 CV, des breaks Ami 6 et une BX, qu'il utilisait pour sa conduite au quotidien. Après la guerre, il hérita par l'intermédiaire de son frère d'un châssis de Bugatti Type 40 quatre cylindres, en très mauvais état, qu'il entreprit patiemment de remettre en état de marche. Dès lors, se développa chez lui une passion confinant à la ferveur religieuse pour la luxueuse marque Bugatti, obsession coûteuse qu'il assouvissait en achetant, la plupart du temps, des châssis abîmés à moindre coût. Outre la Type 40, Jacques Dufilho posséda cinq autres Bugatti dans sa vie, dont un Type 57 de 1937 ; un Type 37 à compresseur qu'il restaura pendant plus de dix ans et vendit aux enchères à Fontainebleau en 1982 pour la somme de 720 000 francs ; un Type 44 qu'il offrit à un collectionneur suisse,. Plus désireux de confort de conduite que des sensations de vitesse, il renonça pourtant progressivement à utiliser ces voitures au quotidien, pour des raisons financières, et s'en sépara définitivement pour payer ses impôts.

Opinions religieuses et politiques

L'enfance de Jacques Dufilho fut marquée par la religion catholique : la famille assistait à la messe tous les dimanches ainsi qu'aux cérémonies religieuses à l'église Sainte-Geneviève de Bordeaux, paroisse à laquelle elle avait offert deux vitraux. Pieux, enfant de chœur, le petit garçon développa un goût pour la prière solitaire et ne s'en détacha jamais. Il évoqua même l'idée de devenir prêtre lorsqu'il échoua à l'obtention de son baccalauréat ; quelques jours passés dans une communauté de trappistes le détournèrent toutefois de cette idée, préférant la vie active et le contact avec le monde. Adulte, sa pratique religieuse ne changea pas : fidèle au dogme et aux rites de l'Église catholique, il se percevait comme un catholique traditionaliste, regrettant la messe en latin et les changements apportés par le concile de Vatican II. Il assumait lire la revue Una Voce et fréquenter régulièrement l'église Saint-Nicolas-du-Chardonnet, lieu de culte parisien des catholiques de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X. S'il considérait le pardon et la rédemption comme deux valeurs essentielles de la doctrine chrétienne, il ne croyait pas à la résurrection des corps[réf. nécessaire]. Probablement inspiré par sa mère, Jacques Dufilho se considérait également comme un monarchiste légitimiste, par fidélité à Louis XVI et Marie-Antoinette, partisan d'une restauration royale et constitutionnelle. Plus inspiré par des motifs religieux que politiques, il voyait avant tout dans la monarchie « l'ordre du divin ». Néanmoins très "pudique" sur sa vie privée et ses opinions, il avait coutume de répondre, lorsqu'on lui posait la question, qu'il était "un monarchiste de gauche et un anarchiste de droite".

En 1993, il reçoit le prix Renaissance des arts, distribué par le Cercle renaissance.

Ses convictions politiques n'influencèrent pas ses choix artistiques : il interpréta même le révolutionnaire Marat dans le film Marie-Antoinette reine de France, réalisé par Jean Delannoy en 1955. En revanche, Jacques Dufilho refusa un rôle dans Le Miraculé de Jean-Pierre Mocky, ne voulant pas participer à un film qui tournait en dérision la foi chrétienne et les miracles de Lourdes.

Filmographie

Au cinéma

La filmographie de Jacques Dufilho est imposante et s'étale sur près de sept décennies. De ses débuts en 1939 dans Le Corsaire, film inachevé de Marc Allégret, jusqu'à sa dernière interprétation de recteur dans Là-haut, un roi au-dessus des nuages de Pierre Schoendoerffer en 2004, 170 rôles, partagés entre le cinéma et la télévision, jalonnent son parcours à l'écran et imposèrent progressivement la silhouette de l'acteur au grand public. Pour autant, Jacques Dufilho ne fut pas une vedette de premier plan, ce qu'il ne chercha d'ailleurs jamais à être,.

On peut facilement distinguer plusieurs temps dans la filmographie de l'acteur. La première, la plus longue, fut marquée par une succession de rôles que Jacques Dufilho qualifiait volontiers d'« insignifiants » ou d'« alimentaires »,. Souvent brèves, ces petites apparitions étaient la plupart du temps comiques ou burlesques, Dufilho incarnant à l'écran des garçons d'étage, des domestiques ou des paysans dans des films d'époque tels que Caroline chérie (1951), Notre-Dame de Paris (1956) ou encore Le Bon Roi Dagobert (1963) ou dans des comédies militaires tournées à la chaîne, à l'image des Bidasses en folie (1971) ou de La Brigade en folie (1973). Il tourna à la même époque une vingtaine de films similaires en Italie. Bien qu'il restât lucide sur la qualité de ces productions, elles n'en demeuraient pas moins très rentables au regard de ses cachets au théâtre. Pour Serge Regourd, son physique, ce « museau de fouine aux petits yeux perçants, sourire sardonique sous cape », et son caractère introverti participèrent également à enfermer Jacques Dufilho dans un « type d'emploi commandé par son apparence », les réalisateurs ne cherchant pas à exploiter davantage son potentiel. Au tournant des années 1970, plusieurs rôles d'envergure donnèrent un nouvel élan à sa carrière : tête d'affiche dans Une journée bien remplie (1972) et Ce cher Victor (1975), l'acteur décrocha par deux fois le César du meilleur acteur dans un second rôle, pour son rôle de chef-mécanicien breton dans Le Crabe-tambour en 1977 et, trois ans plus tard, pour son interprétation d'Adrien Dussart, homosexuel vieillissant face à Patrick Dewaere dans Un mauvais fils. Autour d'autres seconds-rôles comme Jean Carmet ou Maurice Barrier, il fut l'un des interprètes du premier film de Jean-Jacques Annaud, La Victoire en chantant, dont le succès public limité ne l'empêcha pas de décrocher l'Oscar du meilleur film étranger. En marge de cette reconnaissance, il fut aussi un familier de l'univers des films de Jean-Pierre Mocky, avec lequel il tourna cinq fois. Dans la dernière partie de sa carrière, Jacques Dufilho ralentit son rythme de tournage et accepta d'interpréter des personnages plus graves, souvent liés au monde rural qu'il affectionnait (Le Cheval d'orgueil, La Vouivre, C'est quoi la vie ?, Les Enfants du marais). Il fut aussi, en 1993, l'une des rares incarnations du maréchal Pétain à l'écran, un rôle auquel les critiques l'identifièrent, au regard de ses opinions politiques personnelles.

1939-1949

1950-1959

1960-1969

1970-1979

1980-1989

1990-2004

À la télévision

Note : la liste suivante est établie à partir des pages publiées en annexe des mémoires de Jacques Dufilho et de la page IMDB de l'acteur.

Téléfilms

Séries télévisées et feuilletons

Captations théâtrales

Théâtre

Note : la liste suivante est établie à partir des pages publiées en annexe des mémoires de Jacques Dufilho et de « l'inventaire du don Georges Vitaly» à l'Association de la Régie théâtrale.

Distinctions

Récompenses

César du cinéma
  • 1978 : César du meilleur acteur dans un second rôle pour Le Crabe-tambour
  • 1981 : César du meilleur acteur dans un second rôle pour Un mauvais fils
Festival international du film de Saint-Sébastien
  • 1999 : Coquille d'argent du meilleur acteur pour C'est quoi la vie ?
Les Molières
  • 1988 : Molière du comédien pour Je ne suis pas Rappaport (mise en scène de Georges Wilson)
Trophée Béatrix Dussane
  • 1969 : 1er lauréat du Trophée Béatrix Dussane pour Le Gardien (mise en scène de Jean-Laurent Cochet)
7 d'or
  • 1988 : Meilleur comédien pour Une femme innocente

Nominations

César du cinéma
  • 2000 : nomination au César du meilleur acteur dans un second rôle pour C'est quoi la vie ?
Les Molières
  • 1987 : nomination au Molière du comédien pour L'Escalier

Décorations

  • 1940 : Croix de guerre 1939-1945 avec citation à l'ordre de l'Armée
  • 1998 : Légion d'honneur
  • Commandeur des arts et des lettres

Toponyme

  • Rue Jacques-Dufilho à Oloron-Sainte-Marie (Pyrénées-Atlantiques)

Notes et références

Notes

Références

Annexes

Bibliographie

 : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.
Les ouvrages et articles sont classés selon leur(s) auteur(s) par ordre alphabétique.

Ouvrages

  • Jacques Dufilho, La route de Compostelle, Paris, La Table Ronde, , 224 p. (ISBN 2-7103-1633-1 et 2710316331)
  • Jacques Dufilho, Les sirènes du bateau loup. Souvenirs, Paris, Fayard, , 303 p. (ISBN 978-2213615127 et 2213615128)
  • Serge Regourd, Les seconds rôles du cinéma français, grandeur et décadence, Paris, Archimbaud Klincksieck, , 270 p. (ISBN 978-2252037737 et 2252037733)

Articles

  • Pierre Dubrulle, « Le Crabe-tambour : sept semaines en mer », Cols bleus : hebdomadaire de la Marine française, no 1495,‎ , p. 4-8 (lire en ligne, consulté le 15 avril 2017).
  • Dominique Le Guilledoux, « Jacques Dufilho, la foi sous le masque », Le Monde,‎ (lire en ligne, consulté le 15 avril 2017).

Film biographique

  • 2005 : Le seigneur et le lutin de Bernard Férié (documentaire)

Liens externes

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    • Allociné
    • (en) AllMovie
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Source : Article Jacques Dufilho de Wikipédia

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